Humeur, Lifestyle
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#FrenchKiss

Robert Doisneau, Le Baiser de l'Hôtel de Ville

Ça n’a échappé à personne (à part moi)(j’ai l’impression de vivre dans une grotte intellectuelle depuis un peu plus de deux semaines) : c’est demain que les fleuristes et les chocolatiers explosent leur chiffre d’affaire et que mon cerveau se métamorphose en guimauve rose Carven.

Dans un moment de faiblesse, je suis allée jeter un œil sur le jeu #jpgfrenchkiss lancé par Jean Paul Gaultier sur Instagram. Et je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à toutes ces photos de baisers qui ont marqué notre inconscient.

Schizophrénie culturelle oblige, quand il s’agit d’étaler mes sentiments amoureux en public, j’ai parfois l’impression d’être partagée entre deux cultures foncièrement opposées :

– celle de mon pays de naissance où l’amour se doit d’être pudique à l’extérieur et où la sexualité avant le mariage est encore taboue. Et je ne parle même pas des amours marginales (entre personnes de même sexe ou de confessions différentes par exemple) qui ont toujours le plus grand mal à s’exprimer en dehors du cercle (très)(très) intime, parce que le Liban a encore des années lumières à parcourir dans ce domaine.

– et celle de mon pays d’adoption où le baiser de cinéma est un art à part entière et où les amours ont la chance de pouvoir s’étaler avec désinvolture sur les bancs publics.

Entre ces deux mondes, il n’y a qu’un pas. Celui franchi par la jeune fille que j’étais et qui, fraîchement installée à Paris, s’était empressée d’accrocher dans sa chambre d’étudiante un grand poster du Baiser de l’Hôtel de Ville de Robert Doisneau. Vous vous imaginez ? Un baiser immortalisé sous le regard passif de quelques inconnus ! C’était pour moi le symbole – terriblement has been, certes, mais – ultime et audacieux d’une émancipation longtemps rêvée.

La reproduction de ce cliché s’est perdue dans l’un de mes nombreux déménagements et, même si j’ai appris plus tard (et à ma grande déception) que le couple posait volontairement pour l’objectif du photographe, j’en garde aujourd’hui l’amour d’un style de photographie capable de saisir un baiser ou un moment d’intimité volé…

Henri Cartier-Bresson, Le Baiser du Quartier Latin

Le Baiser du Quartier Latin de Henri Cartier-Bresson

26 commentaires

  1. Et moi j'aime beaucoup lire tes pensées philosophiques ! :)
    Je n'ai absolument rien contre la photographie posée en elle-même. Tant qu'elle est capable de faire rêver (ou pleurer) et que le mythe est préservé, on y croit. Mais une fois la mise en scène dévoilée, on ne peut pas s'empêcher de ressentir une pointe de déception qui altère l'image qu'on en a eu et les émotions qu'elle a fait naître. On le vit comme une petite « trahison » de la part du photographe.
    Ensuite, certaines photos sont tellement ancrée dans notre inconscient, elles nous ont accompagnés si longtemps… que notre esprit est capable de tout leur pardonner ^_^
    BREF ! Le débat est ouvert ;)

  2. Ça me rappelle un sujet qu'on avait traité en classe qui portait sur la mise en scène des photographies. On avait parlé de la madone de Bentalha et de cette photographie de Robert Doisneau. Mais finalement, la vie n'est elle pas une mise en scène constante? Est ce que la vérité prime sur la beauté? Est ce qu'une photo instantanée est plus intéressante qu'une photo pensée? N'est ce pas. Oui ce soir je me sens philosophiquement valentine. À méditer.

    http://www.unefillederable.com

  3. Don't worry, nous sommes toutes tombées dans le panneau :-) mais cette photo m'a aussi bercée pendant de longues années. Et je n'ai jamais perdu mes illusions d'amoureuse que je suis encore.

  4. C'est clair qu'il y a encore de gros progrés à faire dans certaines pays, concernant l'ouverture d'esprit … Et bien sûr, le Baiser de Doisneau est un incontournable ! mais si tu l'as perdu, il ne te reste plus qu'à créer ta propre photo du baiser ! ;-)

  5. Je suis aussi pleine de contradictions si ça peut te rassurer, je crie que je n'aime pas célébrer cette fête, mais secrètement je saute toujours de joie lorsque mon homme y pense ;)
    Et pour répondre à tes questions, je suis arrivée en France à 21 ans et même si j'y ai élu domicile (pour le moment dans le sud et pour un moment je pense), je fais toujours un saut au Liban dès que j'en ai l'occasion.
    Pour le baiser de Doisneau, il fait partie de notre inconscient collectif, et c'est là le merveilleux pouvoir de la photographie :)
    Bisou et très belle Saint-Valentin à toi aussi Nathalie !

  6. Oui, tout à fait, c'est demain. Et comme une adolescente, j'attends bêtement une petite fleur de mon mari (même si je lui ai dit de ne jamais m'offrir des fleurs parce que c'est la coutume. Sacrée contradiction ! ;) )
    Tu es arrivée à quel âge à Paris, si ce n'est pas indiscret ? Deux cultures… et différents lieux de vie, à ce que je comprends, depuis quelques années ! Tu poses tes valises pour longtemps dans le Sud de la France ?
    Sinon, le baiser de Doisneau a beau être posé, je l'aime quand même toujours autant… Certainement parce que j'ai croisé ce cliché plus jeune et que cette image est depuis toujours restée dans ma mémoire.
    Bonne Saint-Valentin ! ^^

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